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ambiance... La séance d'installation du nouveau conseil de la Communauté d'agglomération de Colmar (CAC) avait pourtant commencé dans les règles de l'art. Avec le regard impressionné des petits derniers, l'assurance des anciens, le rite des scrutins émaillés par les articles du code général des collectivités territoriales. Seul candidat en lice, Gilbert Meyer a été réélu président par 34 voix contre 12 blancs. Les votes suivants n'ont donné lieu a aucune abstention ni remarque, que ce soit pour les indemnités de fonction, les vice-présidences, les délégués au bureau et l'entrée en vigueur des tickets-restaurant pour le personnel de la CAC. C'est au moment où Gilbert Meyer s'apprêtait à rejoindre le pupitre pour y lire son discours que Gérard Cronenberger a décidé d'intervenir avec « une certaine gravité ». Relevant la « signification politique » du classement des vice-présidents où il se retrouve dans la seconde moitié inférieure, il estime avoir été « bockelisés » comme ses collègues maires de Houssen et de Sainte-Croix-en-Plaine. « Il s'agit d'un simulacre de démocratie. Le critère qui a prévalu, c'est la cote d'amour du président », lâche-t-il à « titre personnel ».
« Il a fait allégeance devant le suzerain »Le maire d'Ingersheim continue en pointant du doigt la désignation du 1er président pour son « expérience » - « Merci pour les autres » - et celle du 2e président qui a été « le plus virulent contre la CAC en son temps ». « Mais depuis, il a fait allégeance et génuflexion devant le suzerain », poursuivit-il en soulignant que la 11e vice-présidente, « championne olympique de l'absentéisme » a été proposée parce qu'il « fallait donner un lot de consolation à une candidate d'ouverture ». « C'est dégueulasse ! », lui lance, une fois son intervention achevée, son voisin Yves Hemedinger. « Il y a des choses que je n'ai pas digérées », rétorque Gérard Cronenberger. Lucien Muller, le maire de Wettolsheim, prend aussitôt la parole pour l'interpeller : « J'ai été un des premiers dans le bureau du maire d'Ingersheim pour me faire expliquer les avantages de la CAC. Et si l'intégration de Wettolsheim dans la CAC a été repoussée d'un an, c'était pour répondre à des interrogations ».
« Ce n'est pas un lot de consolation »« Je ne vous permets pas de mesurer l'intérêt que j'ai pour la CAC où j'ai siégé sans responsabilité et sans toucher aucune indemnité, poursuit très calmement Laëtitia Rabih. Je ne vous autorise pas à jeter ainsi l'opprobre. Ce n'est pas un lot de consolation. Je vois là tout le mépris que vous avez pour cette assemblée qui va connaître un nouvel essor ». Serge Nicole, le maire de Wintzenheim, profite alors de l'accalmie pour revendiquer une nouvelle fois le principe d'« une présidence tournante » en relevant que ce principe s'applique à la 1re vice-présidence puisque Horbourg-Wihr remplace désormais Wintzenheim à cette fonction. « Personne ne s'est mis à genoux devant le maire de Colmar. Les propositions faites relèvent d'une décision collégiale. J'ai aussi respecté les délégations qui ont été proposées par les communes, conclut Gilbert Meyer. Le commentaire est mal placé car vous avez visé les mauvaises personnes. Je ne pratique pas l'ingérence. Nous sommes en démocratie et il faut laisser faire les conseils municipaux. » Ces précisions faites, il a pu prononcer son discours.
Séance d’installation sans heurts, vendredi soir, pour le conseil de la Communauté d’agglomération de Colmar. Jusqu’à ce que Gérard Cronenberger ne mette les pieds dans le plat des vice-présidences.
Pour un peu, l’ambiance aurait semblé au beau fixe. Pour cette séance d’installation de la Communauté d’agglomération de Colmar, la première après les élections municipales, on s’attendait à quelques règlements de compte. Mais ceux-ci sont venus beaucoup plus tard que prévu.
Ainsi, l’élection de Gilbert Meyer à la présidence s’est déroulée sans heurts, aucun candidat ne venant lui contester le poste. Élu par 34 voix sur 46 et 12 bulletins blancs — certainement issus des rangs de Houssen, Ingersheim, Sainte-Croix-en-Plaine et Wintzenheim — Gilbert Meyer a ensuite proposé de passer de 10 à 11 vice-présidents, pour donner un siège au maire de Jebsheim, dont la commune a pris le train de l’agglomération en marche.
Pas de vagues, non plus, pour l’élection des vice-présidents (lire l’encadré). Seul signe d’un certain malaise : le nom de Serge Nicole remplaçait celui de Robert Blatz en tant que 1er vice-président sur 10 bulletins. À Wintzenheim, on accepte visiblement mal la perte de ce poste, autrefois occupé par Guy Daesslé.
« Un simulacre de démocratie »
C’est aux points divers que Gérard Cronenberger a soufflé un vent de fronde. Le maire d’Ingersheim n’a « pas digéré » la manière dont ont été attribuées les vice-présidences et l’a fait savoir en tirant à boulets rouges.
Considérant que « les positions des vice-présidents ont une signification politique », il estime que François Heymann, Éric Straumann et lui-même ont été « bockelisés » en perdant du galon.
Le maire d’Ingersheim dénonce un « simulacre de démocratie » : « Le seul critère a été la cote d’amour du président, qui a récompensé ses fidèles. »
Gérard Cronenberger rappelle au passage que Lucien Muller avait été en son temps « le plus virulent opposant à la CAC » : « Aujourd’hui, il obtient la 2e vice-présidence car il a fait allégeance et génuflexions. » Quant à la désignation de Laetitia Rabih, « championne de l’absentéisme », comme 11e vice-présidente, il y voit « un lot de consolation pour une candidate d’ouverture ». « C’est dégueulasse », lâche Yves Hemedinger, outré par le procédé.
« Si la CAC a été repoussée d’un an, c’était pour répondre aux interrogations de Wettolsheim, reconnaît Lucien Muller. On me l’a reproché, mais j’ai négocié pour toutes les autres communes. » Pour Laetitia Rabih, le terme « lot de consolation » reflète « tout le mépris de Gérard Cronenberger pour cette assemblée ». Et de renvoyer dans les cordes le maire d’Ingersheim : « Je ne vous permets pas de juger de mesurer l’intérêt que je peux avoir pour la CAC. La mandature passée, j’ai siégé sans responsabilités et sans toucher un euro d’indemnités. »
Beaucoup moins virulent que son collègue d’Ingersheim, Serge Nicole est revenu sur la 1re vice-présidence qui échoit à Horbourg-Wihr, et non plus à Wintzenheim : « Ma proposition de présidence tournante n’a pas été retenue, mais je constate qu’elle vaut pour la 1re vice-présidence. »
« Proposition collégiale »
À l’arrivée, Gilbert Meyer a tenté de calmer le jeu : « Personne ne s’est mis à genoux devant le maire de Colmar. La liste des vice-présidents relève d’une proposition collégiale. » Dernier à intervenir, Éric Straumann a renoncé à jeter de l’huile sur le feu : « Il est logique que cette élection soit l’occasion de régler des comptes. Maintenant, il faut tourner la page. »
Plus facile à dire qu’à faire : dans le discours qui a suivi, Gilbert Meyer a clairement laissé entendre que le maire de Houssen avait été sanctionné pour son « ingérence » dans les municipales colmariennes : « Si un certain malaise apparaît suite à l’élection des vice-présidents, il est facile d’en détecter les raisons. »
Clément Tonnot