Alors que l'Assemblée nationale doit examiner ces jours-ci la loi de modernisation de l'économie (LME), les patrons du hard discount retiennent leur souffle. «Dès que la loi sera opérationnelle, nous n'aurons plus qu'à appuyer sur le bouton, confie Philippe Boutron, président de la branche alimentaire du groupement Intermarché. Nous y travaillons depuis un an, et nous avons mis en place un vrai plan de bataille.»
La LME, si elle est adoptée en l'état, devrait en effet bouleverser le paysage français de la grande distribution au profit des enseignes à prix cassés. Il n'y aurait plus besoin d'autorisation pour ouvrir une surface alimentaire de moins de 1000 mètres carrés, contre 300 mètres carrés auparavant. Or le format standard d'un Lidl est d'environ 700 mètres carrés.
Parmi les mieux préparés, la palme revient à Leader Price. L'enseigne, reprise en main depuis un an par sa maison mère, le Groupe Casino, a annoncé vouloir doubler son parc en cinq ans, pour passer de 500 à 1000 magasins.
«Le rythme sera plus rapide en cas d'assouplissement», prévenait, en mars, son PDG, Jean-Charles Naouri. Sous-entendu, si la LME n'est pas modifiée par les députés. Même plan de bataille chez Netto, l'enseigne à bas prix du groupement Les Mousquetaires. Le nombre des points de vente doit passer de 420 à 800 magasins d'ici cinq à dix ans.
«Nous avons dans nos cartons un concept évolutif en fonction des surfaces autorisées», précise Philippe Boutron, qui compte s'attaquer en priorité aux zones urbaines.
Chez les «étrangers», Lidl, leader du hard discount en France avec 1309 magasins, devrait réagir très vite.
«On se posait des questions sur la taille de ses parkings, note Laurent Thoumine, associé du cabinet Kurt Salmon Associates.
L'enseigne allemande avait anticipé une dérégulation.» Ambitions similaires pour Aldi. Le consultant évoque aussi les projets de l'enseigne néerlandaise Corluyt. Avec, à la clé, l'arrivée dans l'Hexagone de l'ultra-hard discount, concept plus extrême, où le client, par exemple, doit entrer dans un frigo géant pour chercher ses yaourts.
par Jean-Baptiste Diebold