Taubira:"Les gens crèvent de faim"! Propos recueillis par Marianne ENAULT
leJDD.fr La députée de Guyane Christiane Taubira, chargée par Nicolas Sarkozy de définir la position française sur les négociations de libre-échange - APE, accords de partenariat économique - entre l'UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), a rendu son rapport le 15 juin dernier. Un rapport que l'Elysée a mis du temps à commenter. Pour leJDD.fr, la parlementaire revient sur ce dossier brûlant. image jpg-JDD
EXTRAITS: Vous avez rendu votre rapport le 15 juin. Nicolas Sarkozy a mis du temps à vous répondre - un peu plus de deux semaines. Certains ont parlé d'un rapport "embarrassant" pour l'Elysée, car allant à l'encontre des positions du chef de l'Etat dans ce domaine. Qu'en pensez-vous? Depuis le début, je souhaite simplement que mon rapport soit efficace. Mon but n'est pas de mettre la France dans l'embarras par rapport à l'UE. Je comprends ce délai. Il faut laisser à la France le temps de discuter avec la Commission européenne. Celle-ci n'est pas très contente du rapport. Peter Mandelson [commissaire européen au Commerce, ndlr] est monté au créneau. Il ne s'agit pas de compliquer la vie de la France. Je n'entends pas en faire un outil d'exploitation partisane. C'est hors de question. Les enjeux sont trop énormes. Il y a quand même des millions de gens qui crèvent de faim!
"Je ne pars pas en guerre contre les institutions" Certains ont dit que l'Elysée vous avait demandé de revoir votre copie... Je n'ai rien à répondre puisque ce n'est pas vrai. L'Elysée ne m'a jamais demandé de réécrire mon rapport. Si les conclusions ne convenaient pas, Nicolas Sarkozy aurait pu me dire "
Je ne veux pas de votre rapport"...
Nicolas Sarkozy vous a finalement répondu cette semaine. Oui, et les réponses du président me laissent penser qu'il a pris le dossier au sérieux et qu'il va faire quelque chose de ce rapport. Dans une lettre qu'il m'a envoyée, il exprime son accord profond sur plusieurs points. Il est toutefois plus réservé sur l'annulation de la dette extérieure des pays africains. Nous allons éclaircir ces points lors de prochaines réunions.
Vos conclusions vont à l'encontre du libre-échange comme modèle "obligatoire"... La France sait que la situation est bloquée. Il ne s'agit pas de simples malentendus, comme le prétend la Commission européenne. Cette dernière pense que les blocages peuvent être levés par plus de communication. Or, dans mon rapport j'explique que l'incompréhension entre l'UE et les pays ACP ne vient pas seulement d'un problème de communication. Il y a des désaccords profonds sur la notion même de développement, sur le rôle et la situation des ACP et enfin, sur les relations que ce groupe de pays peut continuer à entretenir avec l'UE au sein de l'OMC. Dans mon rapport, je propose des solutions pour lever ces blocages. Je ne pars pas en guerre contre les institutions.
Quelles peuvent-être ces solutions?